Tant Va la Cruche à l’Eau

24 Scirophorion

Tableau 1 : Acta Diurna

Fresque Antique

Le lendemain matin, Pia s’était levée d’une humeur légère, récoltant de l’eau fraîche à la fontaine de l’Agora qui se situait au bas de l’escalier menant à son restaurant, le Delixia.

— C’est déjà une belle matinée, s’exclama-t-elle joyeusement à haute voix comme elle en avait souvent l’habitude. Elle se demandait intérieurement ce que Tylos faisait et s’il avait bien dormi.

Pia attrapa les anses de sa jarre et s’apprêtait à remonter les marches vers le Delixia quand une voix grave et familière résonna derrière elle.

— Une matinée d’autant plus belle quand on y rencontre des sourires comme le tien, Pia.

Elle se retourna vivement. Tylos se tenait là, appuyé nonchalamment contre le mur d’une échoppe voisine. Ses cheveux noirs captaient les premiers rayons du soleil et un sourire doux éclairait son visage. Il portait des vêtements simples, mais son allure dégageait toujours la même puissance tranquille.

Pia portait une délicate robe grecque rose pâle qui lui arrivait aux genoux. Elle était ornée avec une large ceinture et des attaches aux épaules en or. La jeune femme était agenouillée près de la fontaine, remplissant consciencieusement ses jarres d’eau.

Quand elle entendit la voix de Tylos, elle sursauta avant de laisser échapper un petit rire.

— Avé Tylos, comment vas-tu ?

Tylos sourit, observant Pia se relever avec grâce, le doré de ses habits scintillant sous le soleil matinal. Il se détacha du mur et s’avança de quelques pas.

— Avé, Pia, répondit Tylos, sa voix chaude et résonnante. Je vais merveilleusement bien, merci. Et ma nuit fut paisible, emplie de songes agréables. Son regard s’attarda un instant sur elle, une lueur douce dans ses yeux ambrés. Il se demanda si elle avait aussi rêvé.

— Il est intéressant de remarquer que je n’avais pas encore demandé pour ta nuit mais je suis contente de le savoir, le taquina-t-elle.

ornement

Une fois sa première jarre remplie et évidemment bien alourdie, elle demanda avec un certain amusement :

— Je remarque que tu as de très gros muscles, accepterais-tu de t’en servir pour tenir mes jarres remplies d’eau afin qu’une fois que je les aurais toute remplies nous ne fassions qu’un seul voyage dans les escaliers pour aller jusqu’à la terrasse de mon restaurant ?

Tylos laissa échapper un rire grave, le son résonnant doucement dans la quiétude matinale. Ses yeux ambrés pétillaient d’amusement.

— C’est une observation très juste, Pia, répondit Tylos, se rapprochant. Et oui, mes nuits ont été… enchantées. Quant à tes jarres, dit-il en désignant d’un hochement de tête la jarre lourde que Pia tenait. Il serait impensable que je ne mette pas mes muscles, aussi gros soient-ils, au service d’une telle cause. C’est le moins que je puisse faire pour t’alléger la tâche, surtout avec ta main.

Il prit délicatement la jarre des mains de Pia, ses doigts frôlant les siens. Le poids ne semblait absolument pas le gêner.

— Je me ferai un plaisir de les transporter en un seul voyage, comme tu le souhaites. Je suis à ton service, restauratrice.

Pia sourit chaleureusement, elle était si contente de rencontrer quelqu’un de gentil et qui était prêt à aider son prochain.

— Je vais encore devoir te remercier pour ton service mais c’est bien normal car j’apprécie vraiment ton aide.

Elle se pencha sur le rebord de la fontaine, empoignant sa seconde jarre vide pour la remplir, le son apaisant de l’eau cristalline emplissant la jarre lui amena une réflexion.

— Quand je repense à la manière dont tu m’as abordée hier et à la peine et la peur que j’ai ressenti quand tu m’as menacée parce que je m’étais mise à presque crier, je n’en reviens pas qu’on discute maintenant si facilement…

Tylos la regarda remplir la seconde jarre, son sourire s’adoucissant à ses mots. Il se rappela l’incident de la veille, le contraste frappant avec la légèreté de leur échange actuel.

— Pia, ne me remercie pas, dit Tylos, sa voix grave et sincère. C’est un plaisir de t’aider. Quant à hier… Il marqua une pause, ses yeux ambrés se posant sur elle avec une expression de regret. Je comprends ce que tu ressens. J’ai agi instinctivement, et mon passé m’a appris à être… direct. Ma menace n’était pas dirigée contre toi, mais contre le désordre et le danger que je percevais. Je suis navré d’avoir provoqué cette peur en toi.

Il soupira légèrement. Parfois, la première impression est trompeuse, n’est-ce pas ? Mais je suis reconnaissant que tu aies regardé au-delà de cet instant. Et je suis heureux de la facilité que nous avons trouvée. C’est… rafraîchissant.

Pia déposa la seconde jarre remplie dans les bras de Tylos, elle essaya d’être délicate mais la jarre était vraiment lourde ou alors ses bras étaient faibles.

— Je ne vois pas en quoi le fait que je crie était un danger ou un désordre, sachant qu’en plus c’est de ta faute si je me suis agacée car tu n’arrêtais pas d’insister à m’appeler ma chère !

Pia lui tira la langue.

Tylos prit la jarre avec une facilité déconcertante, ses muscles se bombant à peine sous le poids. Il la plaça avec la première sans un bruit.

— Tu as tout à fait raison, Pia, répondit Tylos, un sourire amusé se dessinant sur ses lèvres tandis qu’elle lui tirait la langue. Mon insistance était… malvenue, et ta réaction compréhensible. Pour le désordre et le danger, c’est une déformation de mon ancien métier. Un cri aigu, même de colère, peut attirer l’attention indésirable sur un lieu. Mais je le reconnais, ce n’était absolument pas le cas ici. J’ai agi par habitude et je m’en excuse encore. Il croisa son regard, une sincérité amusée dans ses yeux ambrés. Et je vois que tes bras ne sont pas faibles, ils sont juste… habitués à des tâches plus délicates, comme créer des merveilles culinaires plutôt que de porter de lourdes jarres.

— C’est vrai que je suis plus délicate que forte, tu as tout à fait raison. Mais quoi qu’il en soit, tous les jours mes clients ont besoin de boire de l’eau fraîche donc je me dois de leur apporter. Ceci dit, avec ta force et ta gentillesse, je vais gagner beaucoup plus de temps. Je dois également remplir des jarres avec de l’eau de mer pour cuisiner avec une eau salée naturellement.

Elle cacha sa surprise de le voir prendre les jarres avec autant d’aisance et poursuivit avec un petit sourire timide. J’apprécie beaucoup que tu expliques tes raisons d’avoir été insistant et menaçant sans pour autant le justifier ou l’excuser. J’accepte tes excuses avec soulagement.


Tylos la regarda, un doux sourire éclairant ses traits. Il appréciait sa franchise et la manière dont elle acceptait ses excuses.

— Je suis heureux de l’entendre, Pia, répondit Tylos, sa voix grave et sincère. C’est important de reconnaître ses torts sans les habiller. Et je suis là pour t’aider dans toutes tes tâches, qu’il s’agisse d’eau douce ou d’eau de mer. Tes clients méritent le meilleur et si mes bras peuvent contribuer à leur bien-être, alors je suis honoré.

Il fit un léger signe de tête vers la fontaine. Alors, dis-moi où se trouve le chemin vers la mer. Je suis prêt à remplir toutes les jarres que tu souhaites, aussi longtemps que tu en auras besoin. Considérez-moi comme votre humble porteur d’eau, et bien plus encore, humble demoiselle.

— Je n’arrive pas à savoir si tu as conscience du fait que ta générosité et ta forte envie de rendre service sont des aspects si rares chez les gens. Même moi je ne pense pas que je voudrais autant rendre service, pourtant je m’estime être quelqu’un de vraiment sympa.

Pia laissa échapper un petit rire pour conclure sa phrase tout en s’agenouillant pour remplir une troisième jarre.

Tylos la regarda s’agenouiller, son rire léger flottant dans l’air matinal. Il sourit doucement.

— Je suis bien conscient que l’altruisme n’est pas toujours la première nature des gens, Pia, répondit Tylos, sa voix empreinte d’une légère mélancolie qu’il dissimula rapidement. Mais mon désir d’aider… il vient de loin. Et je t’assure, Pia, tu es bien plus que ‘simplement sympa’. Ta gentillesse est palpable et ta résilience, admirable. Cela rend le fait de t’aider non pas un fardeau, mais un véritable plaisir. Et puis, qui refuserait de soulager les bras qui créent de telles merveilles ?

Il tendit une main pour prendre la troisième jarre dès qu’elle fut pleine, son geste fluide et protecteur.

Pia remarqua que les bras de Tylos étaient maintenant bien occupés avec ces 3 jarres.

— On va apporter cette eau de fontaine à l’ombre sous les treillis des vignes pour qu’elle reste fraîche. Pia monta les escaliers menant à la terrasse pour indiquer à Tylos l’emplacement parfaitement frais pour les jarres.

— Je ne voudrais pas abuser de ta gentillesse, aussi je vais me montrer prudente mais si jamais je tire trop, n’hésite pas à me le dire. C’est donc avec plaisir que nous allons aller à la plage pour aller chercher l’eau de mer.

Tylos la suivit sans un mot, ses bras musclés portant les trois lourdes jarres avec une aisance déconcertante. Le soleil du matin commençait à chauffer, et l’idée de l’ombre était bienvenue. Il monta les marches avec la même démarche assurée que la veille, ses yeux ambrés observant Pia tandis qu’elle montait devant lui.

Arrivé sous les treillis des vignes, là où l’air était plus frais et les rayons du soleil tamisés, il déposa délicatement les jarres, le bruit de l’eau résonnant doucement à l’intérieur.

— Je te l’ai dit, Pia, répondit Tylos, un léger sourire sur les lèvres, il n’y a pas d’abus quand le service est rendu de bon cœur. Et je préfère de loin que tu tires sur ma générosité plutôt que sur ta main. Tes mains ont des choses plus importantes à faire, comme préparer la prochaine merveille culinaire.

Il désigna la direction de la mer d’un mouvement de tête. Je suis prêt quand tu l’es. L’eau de mer attend nos jarres.

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