Acta Diurna du 5 Boédromion

Vous pensiez certainement que deux guerriers s’entraînant ne seraient pas capables d’avoir une conversation un tant soit peu profonde ? Quelle déception devant tant d’à prioris…Si j’étais vous, j’aurais honte ! Certes, un entraînement c’est pour croiser le fer mais des coeurs battent sous les lourds plastrons, eh oui.




Calypso s’était levée à l’aube aujourd’hui, comme à son habitude, elle respirait l’air frais et iodé de la cité d’Athènes encore calme à cette heure de la journée. « C’est là que les choses sérieuses commencent », murmura-t-elle à sa propre intention. Elle était installée dans un coin de l’arène dédié aux gladiateurs, aux gardes et aux guerriers pour leur entraînement. Elle sembla ignorer sa présence, concentrée sur le maniement de son arme. Il s’approcha, un sourire en coin, et l’interpella d’une voix moqueuse : « ‘Les choses sérieuses commencent’ ? Je pensais que tu me dirais que je te manquais tellement que tu ne pouvais plus te passer de ma présence. »

Calypso reconnut la voix de Tylos, elle fût surprise de l’entendre mais ses années d’entraînement l’empêchèrent de sursauter. Elle avait fait sa rencontre quelques jours auparavant auprès de Vénus et Ulysse.« Je croyais que ton cœur appartenait déjà à une femme, si c’est le cas, tu as une drôle de conception de la fidélité. » Elle sourit en maniant sa dague avec dextérité dans sa main gauche.
« J’ai la meilleure conception de la fidélité, ma chère, une conception si aboutie que je ne pourrais en envisager d’autre », répondit-il, le sourire s’élargissant. Il s’appuya contre une colonne, ses yeux fixés sur le mouvement de sa dague. « Et mon cœur appartient bel et bien à quelqu’un. Je me demandais simplement si tu me ferais l’honneur de m’ajouter à ta liste d’amis. »
« Donc », répondit la jolie guerrière rousse avec une voix rieuse, « si je te demande de m’embrasser, tu refuses ? »
Avant que Tylos ait le temps de répondre, elle lança sa dague d’un mouvement sûr et fluide en direction d’un mannequin d’entraînement rembourré en paille. Un sourire désarmant se dessina sur les lèvres de Tylos. « Si tu me demandais de t’embrasser », commença-t-il, sa voix douce et taquine, « je te répondrais que ça serait dommage de ne pas me laisser la chance de te faire rire. »
La dague se ficha dans la poitrine de la cible, non loin de l’emplacement imaginaire du cœur. Calypso se dirigea vers le mannequin de paille pour récupérer sa dague.

« Me faire rire ? Comment ça ? » Elle fronça délicatement ses sourcils.
Il croisa ses bras sur sa poitrine, son regard fixant son dos pendant qu’elle marchait. « Je pourrais te raconter une histoire ou tout simplement te taquiner jusqu’à ce que tu sois à bout de nerfs, au choix », dit-il avec un clin d’œil malicieux quand elle se retourna.
Dos au mannequin de paille, à un mètre de distance environ, elle lança de nouveau sa dague derrière elle à l’aveugle. « Et quel rapport cela aurait-il avec le fait que je te demande de m’embrasser ? »
Calypso se retourna pour voir si son lancé était réussi. Elle poussa un grognement quand elle vit sa dague au pied d’une colonne à côté du mannequin.

Le grand brun s’approcha lentement, les mains dans les poches, son regard espiègle ne la quittant pas.
« Le rapport, c’est que le rire est une bien meilleure entrée en matière que n’importe quel baiser », murmura-t-il, un sourire en coin. « En plus, je ne peux pas me permettre de te faire chavirer si tôt. Il faut que tu t’entraînes plus. » Son regard glissa vers la dague gisant piteusement au sol, puis revint vers elle, moqueur. « Surtout avec les lancers à l’aveugle. »
« Que penserait ta supposée dulcinée du fait que tu veuilles me faire chavirer ? » Calypso haussa ses sourcils, moqueuse. Elle appréciait bien Tylos même si elle ne le connaissait quasiment pas mais elle avait de la peine pour celle qui était éprise de lui, il semblait se jouer des filles.
La mâchoire de Tylos se serra légèrement, une ombre de tension traversant son regard. L’espièglerie s’éteignit, remplacée par une intensité qui la laissa un instant stupéfaite. « Elle ne penserait rien », répondit-il, sa voix grave et dénuée d’émotion. « Elle sait que je ne suis pas de ceux qui se jouent du cœur des femmes. Elle me connaît. »
La guerrière attrapa sa dague tombée avec frustration. Elle n’arrivait pas à s’améliorer dans ses lancés à l’aveugle. Elle ignora superbement le changement d’humeur de Tylos. « Pourquoi je rate toujours ces fichues lancés à l’aveugle, bordel ! »
Il observa sa frustration sans un mot, ses yeux balayant le sol jusqu’à un caillou. Il le ramassa, le lança avec désinvolture. « La Déesse t’offre une occasion de t’améliorer », dit-il, son ton à nouveau léger, « tu ne devrais pas te plaindre. La perfection est toujours un travail en cours. »

Calypso a décidé de passer sa frustration sur le mannequin de paille plutôt que sur Tylos. Quelle charité !
Calypso eût un pincement au cœur quand Tylos évoqua la déesse. Le malaise grandissant, elle trouva une parade : « Peut-être que si tu te mets à la place du mannequin de paille, ça me motivera suffisamment pour viser ta tête à l’aveugle ? »
Il se mit en place, dos au mannequin, avec une désinvolture totale. « Tente ta chance, alors. »
Elle lança sa dague, mais elle dévia encore vers l’entrée de l’arène. « Et comment tu justifies auprès de ta dulcinée le fait que tu appelles toutes les filles d’Athènes ‘ma chère’, ‘ma belle’ ? »
Il rit : « Elle comprend mon sens de l’humour. J’ai un amour inconditionnel pour le beau. »
Elle se mit en position de combat rapproché : « Tu ne laisseras aucune femme te toucher ou t’approcher ? »
Il sourit : « Le plus dangereux pour la gent féminine, c’est mon humour. Le reste est bien trop… risqué. »

« Et tu n’as pas peur du risque que prend alors ta dulcinée pour ‘le reste’ ? »
Tylos rit doucement : « Elle sait que le risque en vaut la peine. Et elle est plus dangereuse que moi. Elle est à l’origine d’un chaos que je serai toujours incapable d’égaler. C’est mon destin que de la suivre. »
Avec agacement, Calypso reprit place et lança sa dague derrière elle, faisant à nouveau une trajectoire erronée. Elle poussa un cri de frustration, sortit son épée courte et frappa le mannequin avec dextérité.
Tylos ne bougea pas, mais un sourire se dessina sur ses lèvres. « La patience est une vertu qui te manque cruellement, ma jolie. Et si tu la laisses te guider au lieu de la laisser te dominer, la perfection viendra. »
Clôture du Tableau 1
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Tableau 2
Tableau 3







