Acta Diurna : 30 Thargélion

Acta Diurna

Peut être traduit par “les faits du jour”, créé au milieu du Ier siècle av. J.-C., est un récapitulatif des événements journaliers se passant à Rome. Les nouvelles sont gravées sur une planche de bois ou blanchie à la chaux puis exposées dans le forum de la cité. Notre Athènes a repris cette tradition.

Thargélion

Dans le calendrier attique, c’est le mois des Thargélies, fêtes en l’honneur d’Artémis et d’Apollon. Il correspond à notre mois de Mai.

Calendrier attique

C’est le calendrier en vigueur à Athènes dans l’Antiquité, il est le plus connu des calendriers grecs.

Athéniens présents ce jour-là

Beaucoup de jeux mais peu de fortune

En ce 30ème jour du mois de Thargélion, la belle Consul Mana se rendit sur la petite place publique qu’est l’agora d’Athènes. Elle y rencontra la restauratrice Pia qui s’affairait à récolter des jarres d’eau pour remplir les verres des visiteurs assoiffés assis aux tables de son restaurant par cette chaude fin d’après-midi de printemps. La présence du garde Eros adossé à l’ombre d’un coin éveilla la curiosité de l’assistance attablée, ils ne devaient certainement rien avoir de croustillant à se dire, les clients du restaurant préférèrent alors écouter la conversation qui se déroula près de la fontaine d’eau cristalline.

«Mana : Avé Eros

— Avé Mana, répondit-il»

Pia regarda la jolie consul qui était également sa meilleure amie et la salua chaleureusement. Mana quant à elle se mit à toiser le garde et jugea que ses yeux semblaient vitreux.

«Mana : Comment allez-vous chère Pia ?

— Je vais fort bien en ce début de soirée, bien que je commence à avoir un peu soif à force de servir à boire à tous mes clients, lui raconta-t-elle en riant quelque peu.

— Mais ma chère, si besoin une fontaine d’eau fraîche vous attend derrière, lança Mana avec un sourire.

— Je pense le savoir mieux que quiconque vu le nombre de godets d’eau que j’ai servi aujourd’hui, lui confia Pia à moitié amusée, à moitié dépitée.»

Profitant que les deux femmes conversaient, Eros s’approcha à son tour de la fontaine pour boire de l’eau fraîche alors Pia, observatrice, ne manqua pas de noter intérieurement que la sacoche du garde contenait déjà plusieurs gourdes d’eau pleines, ce qu’il remarqua lui-même quelques minutes plus tard en rouspétant tout haut contre son étourderie. 

Se faisant, les deux athéniennes remarquèrent l’arrivée quelque peu pathétique du kinesis Neptune, qui encore une fois, avait oublié de mettre un tissu décent sous sa toge.
Pia, avec sa gentillesse légendaire, le lui fit remarquer tandis que Mana levait les yeux au ciel d’un air dépité.

«Mana : Il n’aurait pas dû s’appeler Neptune mais Eol, il passe toujours en coup de vent ! »

Mana, certainement pour oublier cette vision, demanda à se faire servir un verre de grand cru athénien, bien plus à la hauteur de son statut que de l’eau d’une fontaine publique. 
Ces pauvres, pensa-t-elle, ils sont si ennuyeux…

Après avoir vidé ses gourdes d’eau dans son gosier,  Eros se sentit suffisamment en veine pour tenter sa chance à la loterie athénienne. La règle était simple, il devait miser 2 Sigmas et si la déesse de la chance était de son côté, il recevrait alors le pactole de 50 sigmas…sinon eh bien il perdrait sa mise de départ. Il perdit son pari et se retrouva plus pauvre qu’il n’était au départ. Heureusement pour lui, c’est à ce moment-là que Pia lui confia une tâche rémunérée de récolte d’oranges.

Après avoir commercé avec la jeune restauratrice, c’est au tour de Mana d’exiger que l’on remplisse de nouveau son verre de vin fraîchement masséré.

«Pia : Le capéloï de vin est parti en voyage d’affaires à Rome, l’informa-t-elle, il a confié ses recettes secrètes à Eros afin que son commerce puisse continuer à tourner même en son absence.

— Charmant…commenta ironiquement Mana, méfiante sur la qualité d’un cépage cultivé par un garde douteux. Qu’il se dépêche, je déteste attendre ! »

Eros se hâta d’acheter une coupe au troc de la place puis de faire maturer son vin, il savait combien Mana détestait attendre mais les dieux décidèrent de s’acharner sur lui et sa mauvaise fortune continua : son vin tourna au vinaigre.

Un désespoir l’envahit, rater sa préparation équivalait à perdre des sigmas mais ces considérations monétaires n’intéresseraient certainement pas la Consul qui réclamerait son breuvage bordeaux. N’ayant pas de choix, il recommença tout pendant que Mana fulminait de devoir patienter autant de temps. Après un long moment, le jeune homme se présenta devant elle avec la coupe de vin qui s’était largement faite désirée. La Consul se retourna lentement et remarqua la main terreuse du garde qui tenait la coupe d’argent.

« Eros : Voilà votre vin, Consul.

Elle toisa à nouveau le garde qu’elle trouva bien trop âpre au gain et lui répliqua sèchement.

— Mana : Je n’en veux plus de votre vin, s’exclama-t-elle exaspérée, comment avez-vous osé faire attendre une consul de la sorte ? 

— Eros : et mon argent alors ? gémissa-t-il

— Mana : votre argent, le voilà ! »

La belle jeune femme en colère jeta alors le vin à la figure du garde puis fit tomber la coupe d’argent à ses pieds et s’en alla théatralement sans plus attendre.

Et c’est ainsi que ce clotura cet Acta Diurna
Share