Arrivée de l’Étranger Charmeur
Acta Diurna

Peut être traduit par “les faits du jour”, créé au milieu du Ier siècle av. J.-C., est un récapitulatif des événements journaliers se passant à Rome. Les nouvelles sont gravées sur une planche de bois ou blanchie à la chaux puis exposées dans le forum de la cité. Notre Athènes a repris cette tradition.

Scirophorion

En ce premier mois d’été, les femmes mariées honorent Athéna en enfouissant des petites figurines dans la terre afin de bénir les cultures. Une marche d’honneur et des festivités sont organisées par le prêtre de Poséidon et la prêtresse d’Athéna.

Il correspond à notre mois de Juin.

Calendrier attique

C’est le calendrier en vigueur à Athènes dans l’Antiquité, il est le plus connu des calendriers grecs.

Acta Diurna du 23 Scirophorion

Athènes, cité des dieux et des philosophes, est aussi le théâtre de rencontres inattendues, où la grâce des anciennes traditions se mêle à l’effervescence de la vie quotidienne. Au cœur de cette vibrante métropole, une restauratrice au tempérament bien trempé et un étranger charismatique vont se croiser, transformant une simple après-midi en une succession de joutes verbales, de révélations et, bien sûr, de délices culinaires.

TABLEAU 1

Pia était en train de nettoyer les tables de son restaurant après son service du midi, elle parlait presque pour elle-même.
— Qu’il fait chaud aujourd’hui ! Ce à quoi elle ne s’était pas attendu, c’était que quelqu’un lui réponde…
— Il fait toujours chaud quand le soleil brille sur Athènes, ma chère Pia. Ou peut-être est-ce ma seule présence qui fait monter la température ? Un grand homme brun à la carrure imposante lança un clin d’œil à la jeune restauratrice, un sourire en coin. Pia se retourna vivement, choquée d’entendre un inconnu l’aborder aussi familièrement.
— Comment connaissez-vous mon prénom ?!
— Oh, voyons, ma douce Pia. Un homme ne peut-il pas simplement être attentif aux détails d’une si charmante dame sans qu’elle ne le prenne pour un sorcier ? L’homme sourit, un regard amusé dans les yeux. Il portait une tunique athénienne simple qui montrait les muscles de son corps. Pia commença à devenir rouge d’indignation.
— Alors pour commencer, je ne suis ni votre ‘douce’, ni votre ‘chère’ et je ne vous connais ni d’Héra ni de Zeus !
— Eh bien, si Héra et Zeus n’ont pas encore eu la courtoisie de nous présenter, c’est clairement une lacune de leur part. Il répliqua avec un haussement d’épaules désinvolte.

— Mais je suis sûr que nous y remédierons. Tylos, à votre service.
— Apparemment, nul ne sert de me présenter puisque vous connaissez déjà mon prénom, n’est-ce pas ? Pia réprima un demi-sourire.
— Effectivement, répondit Tylos avec un sourire charmant, le destin avait déjà murmuré votre prénom à mon oreille. Il ne manquait plus que le plaisir de mettre un visage sur cette douce mélodie. Pia leva les yeux au ciel.
— Je parie que vous dîtes ces billevesées à toutes les femmes !
— Seulement à celles qui sont assez perspicaces pour le remarquer, répondit Tylos avec un sourire malicieux, un regard pétillant. Et croyez-moi, toutes ne le sont pas.
— Vous marquez un point, ce qui va certainement vous rendre encore plus insupportable, se lamenta Pia en lui lançant un regard moqueur.
— Oh, ne vous en faites pas, ma chère Pia, Tylos répliqua avec un sourire faussement contrit, je suis certain que vous vous habituerez à ma charmante insupportabilité. La plupart des gens finissent par y succomber.
— Êtes-vous un peu lent d’esprit ? Je vous ai dit de ne PAS m’appeler ‘ma chère Pia’ ! Elle cria presque les deux derniers mots.

— Ma patience a des limites, ma chère Pia, et vos cris ne la rendent pas plus extensible, rétorqua Tylos, le sourire figé, son regard s’assombrissant un instant. Sa mâchoire se serra imperceptiblement. Je vous conseille de bien choisir vos mots.
Pia fut encore plus outrée de la tournure que prenait la rencontre de cet inconnu. Un instant, elle eût peur que ce soit un homme venu la voir avec de mauvaises intentions.
— Est-ce une menace ? demanda-t-elle de manière froide, les dents serrées.
— C’est un conseil, ma chère Pia, et un conseil avisé qui plus est, répondit Tylos, un muscle de sa mâchoire se contractant. Certains mots ont des conséquences que l’on ne désire pas.

La jeune femme fût excédée intérieurement qu’il ne respecte toujours pas une demande aussi simple qu’elle lui avait faite. Cependant, il n’y avait personne à la terrasse de son restaurant et le temps qu’elle se dirige vers l’agora, il aurait pu l’agresser si cela lui avait passé par l’esprit. Elle décida donc de choisir ses mots avec prudence.
— Je pense que la déesse Cassiopée ne serait pas contente de la manière dont vous me parlez…

— La déesse Cassiopée est bien trop magnanime pour se soucier d’une conversation animée entre deux adultes, répondit Tylos, un sourire énigmatique. Sa bienveillance s’étend bien au-delà de vos petites indignations, ma chère Pia. La jeune brune retint un cri de frustration devant l’insistance à l’appeler ainsi.
— Qu’est-ce que je dois faire pour que vous m’appeliez Pia ou dame Pia ? Car je ne réserve que ‘ma chère Pia’ à l’élu de mon cœur, puisqu’il faut tout vous expliquer…
— Eh bien, si c’est la seule façon d’éviter une crise diplomatique, Tylos répondit avec un sourire qui n’atteignait pas ses yeux, alors Pia ce sera. Quant à ‘dame Pia’, cela dépendra de la dignité dont vous ferez preuve… ou pas. Pia ne comprenait pas pourquoi cet inconnu lui causait des ennuis comme ça alors qu’elle avait essayée d’être accueillante comme toujours. Elle prit une seconde de réflexion et elle opta pour la franchise comme réponse.
— Je vous croyais gentil, vous venez de me faire de la peine, pour être honnête.
— Faire de la peine n’est jamais mon intention, Pia, répondit Tylos, le ton plus doux, un regard presque contrit dans ses yeux. Mais parfois, la franchise peut piquer un peu. Je suis navré si mes mots vous ont blessée.

L’athénienne eut des sentiments contradictoires face à cette réponse. Elle était un peu soulagée qu’il abaisse la tension de la conversation mais d’un autre côté, il campait sur ses positions, sous-entendant qu’il avait eu raison d’insister puis de la menacer à mots voilés. Pia détourna alors les yeux de cet homme, peinée et quelque peu effrayée, elle continua de nettoyer ses tables sans dire un mot.
— N’ayez crainte, Pia, dit doucement Tylos, sa voix empreinte d’une tendresse inattendue. Je n’ai pas l’habitude de m’en prendre aux innocents, bien au contraire. Mon chemin est guidé par une foi plus grande, et elle me pousse à protéger ceux qui en ont besoin. Elle ne put s’empêcher de vouloir comprendre pourquoi il avait agi ainsi.
— Pourquoi est-ce qu’au bout de 3 demandes de ma part concernant la façon dont vous m’appeliez, vous n’aviez toujours pas voulu accéder à ma requête ?
— Pia, parfois, il est amusant de voir jusqu’où on peut taquiner, répondit Tylos, un sourire énigmatique. Et disons que votre persistance avait un certain charme. Mais la déesse Cassiopée m’a appris la patience… et la bienséance, à l’occasion. La jeune brune s’esclaffa.

— Alors il vous manque encore quelques leçons de la déesse car quand une femme vous demande 3 fois une requête aussi simple et que vous insistez, cela est loin de la bienséance !
— Peut-être, Pia, peut-être, répondit Tylos avec un léger sourire, son regard balayant l’horizon lointain. Mais la déesse m’enseigne aussi que la vie est parfois un peu plus complexe qu’une simple requête. Et puis, je me devais de tester votre détermination.
— Et qui êtes-vous donc pour tester ma détermination ou juger si je suis digne ? Pia haussa les sourcils, peut-être de surprise ou d’indignation, elle n’en était pas sûre.
— Pia, je suis juste un homme qui a vu assez de choses pour savoir qu’une volonté de fer est plus rare qu’on ne le pense. Le regard de l’homme se perdant un instant. Et pour la dignité… disons que c’est une question de perspective, n’est-ce pas ?
— Vous avez raison, à mon tour ma perspective va questionner votre dignité… Pia laissa sa phrase en suspens et se retourna une fois sa table nettoyée. Qu’est-ce qui vous amène à Athènes, Tylos ?
— Ce qui m’amène à Athènes, Pia, c’est une histoire bien plus longue et complexe qu’un simple après-midi.

— J’espère que la déesse a des plans pour nous tous… Pia se fit la réflexion que Tylos avait été bien évasif devant sa question.
— Je l’espère aussi, Pia, Tylos eut un sourire énigmatique. Mais certains plans sont plus… urgents que d’autres. La déesse a le chic pour les grandes mises en scène, et je suis un acteur plutôt docile.
— Vous, docile ?! Pia éclata d’un rire cristallin. Le mot ne semblait pas du tout lui correspondre.
— Un pur produit de l’éducation divine, Pia, rétorqua-t-il avec un sourire charmeur, ses yeux pétillants. Même le plus indomptable des cœurs apprend la patience face à la déesse. Et croyez-moi, elle a un sens de l’humour… particulier.
Soudain, Mana traversa l’agora rapidement et se dirigea vers le restaurant de Pia, sentant sa robe grecque s’enrouler autour de ses jambes à cause de la brise marine venant de la jolie plage d’Athènes. Secouant ses longs cheveux blonds, elle goûta un instant l’air iodé sur ses lèvres puis commença à grimper les marches menant au Delixia, le restaurant qu’avait créé Pia quelques années auparavant et dont chaque citoyen connaissait l’excellence. C’est alors qu’elle aperçut, se tenant aux côtés de la belle brune Pia, un homme à la carrure impressionnante et au visage séduisant dont elle ne se souvenait pas avoir croisé la route dans la cité.

— Avé dame Pia, toujours un plaisir de venir à ta rencontre mais je ne viens pas que pour tes jolies yeux mais également pour me sustenter d’un délicieux bar que tu cuisines si bien. Mana se tourna vers l’inconnu avant de poursuivre.
— Avé étranger, je suis la consul Mana. En tant que représentante de l’impératrice Naïa et fidèle de la déesse Cassiopée, je vous souhaite la bienvenue dans notre belle cité d’Athènes.
— Avé Mana, répondit Tylos avec un sourire charmeur, inclinant légèrement la tête. Je suis Tylos, un simple citoyen qui se régale déjà de l’hospitalité athénienne. Et je dois dire que votre présence ne fait qu’embellir cette cité. La déesse Cassiopée a décidément bon goût en matière de représentants.
Mana riva ses yeux bleus verts clair sur les yeux d’ambre de Tylos et esquissa un sourire un tantinet moqueur.
— Je suis infiniment navrée de doucher votre enthousiasme mais malheureusement les autres représentants de Cassiopée à Athènes ne sont pas tous aussi charmants que moi et dame Pia ! Mana éclata d’un rire franc.
Pia quant à elle salua chaleureusement la jolie Mana et se fendit d’un grand sourire car elle goûtait à la fausse prétention de Mana dont l’humour mordant était bien connu dans la cité.

— Alors j’ai dû avoir de la chance dès mon arrivée, ce qui est rare, rétorqua Tylos avec un sourire en coin, ses yeux ambre pétillants. Mais ne vous en faites pas, Mana, je suis sûr que même les représentants les moins charmants ont leur utilité… peut-être pour tester ma patience, qui sait ? Pia s’esclaffa et dit d’un ton malicieux :
— Pourquoi ai-je l’étrange impression de me sentir visée par le terme les représentants même les moins charmants ?
— Parce que vous êtes bien trop intelligente pour ne pas saisir le sous-entendu, ma chère Pia. Tylos accompagna sa réponse avec un clin d’œil et un sourire taquin. Et puis, n’est-ce pas toujours un peu amusant de se sentir le centre de l’attention ? Mana réprima un sourire, très amusée par la répartie fine de Tylos, partagée entre l’envie de défendre son amie Pia et celle de laisser cette guerre de petites taquineries continuer.
— Et vous savez de quoi vous parlez, quand il s’agit de monopoliser le centre de l’attention ! Pia sourit malicieusement en prononçant ses mots.
— Pia, je ne monopolise rien, je me contente de sublimer l’instant par ma présence, répliqua Tylos avec un faux air outré, un sourire charmeur. C’est une compétence naturelle, pas une tactique.

C’est déjà fini ?

Mais non, il y a encore deux autres tableaux !

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