Guerrier Redoutable mais Serviable

Acta Diurna du 23 Scirophorion

Après le départ de Mana, Pia se retrouve en tête-à-tête avec un Tylos toujours aussi énigmatique. Il lui fait un numéro sur sa mission divine. Mais l’ambiance devient « caliente » (trop, même !). Pia se brûle la main sur une marmite. Oups. Tylos, d’abord séducteur, se transforme en un preux chevalier « First-aid » pour la soigner. Il passe du mode mystère au mode « gros cœur » et révèle la vérité : il est chef… de guerre. Quel retournement de « wok » !

TABLEAU 2

Pia éclata de rire.
— Je dois reconnaître que l’instant présent est vivant quand vous êtes dans les parages, je ne peux le nier. Mais je m’étonne de ne jamais vous avoir croisé alors que manifestement vous êtes déjà citoyen…
— C’est que la cité est vaste, Pia, et mes pas me mènent souvent là où l’on s’y attend le moins, répondit Tylos, un sourire énigmatique. Certains secrets sont mieux gardés dans l’ombre, même en pleine lumière d’Athènes.
— Je sais que la cité est vaste, je suis citoyenne depuis plusieurs années donc je pense le savoir bien mieux que vous Tylos et pourtant vous n’êtes jamais venu à mon restaurant le Delixia, comment est-ce possible ?
Pia regarda Mana avec un sourire taquin sur les lèvres, remarquant que la consul laissait Tylos se débrouiller pour répondre.
— Peut-être, Pia, n’étais-je pas encore digne de goûter à vos délices, répondit Tylos avec un sourire désarmant, son regard glissant vers Mana un instant. Ou peut-être que la déesse Cassiopée a des manières détournées de me guider vers les meilleures découvertes.
— Vous me dites charmante sans me connaître, vous dîtes de mes plats qu’ils sont délicieux sans y avoir goûté… on dirait que vous dîtes seulement ce que les autres veulent entendre…
Les yeux verts de Pia s’éclairèrent de malice.
— Oh, Pia, vous me blessez, répondit Tylos avec un sourire faussement navré. Je ne dis jamais ce que les gens veulent entendre, je dis ce qui est vrai. Et il est évident que vous êtes charmante et que vos plats sont un délice. N’importe quel homme avec deux yeux et un palais le dirait. Ou peut-être que je suis juste doué pour reconnaître l’excellence, même à distance.
Mana répondit avec taquinerie :
— Ou peut-être n’êtes vous qu’un joli perroquet qui répète les paroles que j’ai prononcées lorsque je suis arrivée concernant les mets de Pia…
— Mana, vous me sous-estimez. Un perroquet est incapable d’une telle prestance et d’un tel esprit, répondit Tylos, un sourire malicieux aux lèvres. Je ne répète pas, j’approuve avec ferveur les bonnes choses, surtout quand elles sont aussi manifestes que la beauté de cette cité et la qualité de ses citoyennes.
— Quand je vois un ours… je le flatte, marmonna Mana, comme dit le grand Philosophe Rachid Badouri.
— Je suis plus proche du lion, Mana, mais j’apprécie la comparaison, rétorqua Tylos, un sourire amusé dans les yeux. Et pour les flatteries, je préfère les distribuer que les recevoir… à moins qu’elles ne soient sincères, bien sûr.
— Vous parlez du lion ? Celui qui est trop paresseux pour chasser et qui attend que la lionne le fasse pour lui ? Mana fit un clin d’œil de connivence à Pia qui ne dissimula pas son hilarité.
— Le lion est le roi, Mana, et le roi n’a pas besoin de prouver sa valeur à chaque repas, rétorqua Tylos avec un sourire taquin, un œil sur Pia. Certains d’entre nous préfèrent observer et agir quand c’est vraiment nécessaire. Mais ne vous inquiétez pas, je sais encore chasser quand il le faut.
Mana sourit avec assurance.
— Beaucoup de paroles et peu de preuves.
Pia en profita pour se placer commercialement, il n’y avait jamais de mauvais moment pour faire commerce !
— Si vous savez chasser, je suis preneuse de gibier tels que le marcassin pour la préparation de mes plats.
Pia adorait la répartie de Mana, elle admirait beaucoup son assurance face aux hommes tels que Tylos. 
— Mes preuves, Mana, sont faites d’actes, pas de mots, et elles parlent d’elles-mêmes pour ceux qui savent les voir, répliqua Tylos, ses yeux ambre pétillants d’amusement. Quant au marcassin, Pia, considérez-le comme déjà en chemin. Pour vous, je déplacerais des montagnes, ou du moins quelques marcassins particulièrement têtus.
Mana regarda à droite et à gauche et fit remarquer qu’elle ne voyait ni acte ni gibier, ce qui provaqua un sentiment. intérieur moqueur bien que bienveillant.
Pia déclara malicieusement : 
— Ô par tous les dieux, vous avez l’air totalement dévoué à ma cause au point de chasser pour moi sans demander le moindre Sigma d’or en échange, la monnaie d’Athènes…
— Pour une femme aussi charmante que vous, Pia, certains services n’ont pas de prix, répondit Tylos avec un sourire désarmant, son regard glissant vers Mana un instant. Et puis, la déesse Cassiopée m’a appris que la générosité a ses propres récompenses… même si elles ne sont pas en Sigmas d’or.
— Quel genre de récompenses ? demanda Pia avec toute l’innocence qu’on lui connaissait.
— La satisfaction de rendre service à une aussi charmante dame, répondit Tylos avec un sourire énigmatique. Et peut-être, juste peut-être, un peu de paix intérieure. La déesse Cassiopée me murmure que c’est la plus grande des récompenses.
Mana vit un messager de la garde royale se précipiter vers elle avec empressement. Regrettant déjà son bar cuisiné aux petits légumes, elle écouta ce qu’il avait à lui dire. Sans grande surprise, on la demandait au palais pour une affaire d’état. 
— Veuillez m’excuser, déclara Mana quelque peu lasse, je dois m’absenter. Mon délicieux bar devra attendre, c’est si triste.
— Ne t’inquiète pas Mana, la rassura Pia, j’ai l’habitude de ton emploi du temps impossible. Je garderai un beau filet bien frais pour toi.
Mana salua également Tylos avant de se mettre en route pour le palais. Pia regarda la belle silhouette blonde de son amie s’éloigner tout en repensant aux dires de Tylos.
— Vous parlez beaucoup de la déesse Cassiopée, la connaissez-vous personnellement ? Vous est-elle déjà apparue ou vous a-t-elle déjà parlé ?
Pia était étonnée par la foi de Tylos et son respect envers les dieux.
— Personnellement ? Pia, la déesse Cassiopée nous parle à tous, si l’on prend le temps d’écouter, répondit Tylos, son regard s’emplissant d’une lueur profonde. Ses apparitions ne sont pas toujours celles que l’on attend, mais sa guidance est indéniable. Elle est la raison pour laquelle je suis ici, à Athènes.
— Cassiopée vous a mené à Athènes ?! Comment cela est-ce possible ?
— Oui, Pia. La déesse a ses voies, répondit Tylos, un sourire énigmatique. Son appel a résonné en moi, me guidant ici où mon destin, et celui d’un être cher, semble lié. Athènes est une étape essentielle sur mon chemin.
— Cela veut-il dire que vous n’êtes que de passage dans la cité ? Tout en parlant, Pia commença à parer les tables d’assiettes en terre cuite et de godets de différentes tailles.
— Mon séjour à Athènes n’est pas de mon seul ressort, Pia, répondit Tylos, son regard s’assombrissant un instant. Je suis là tant que la déesse Cassiopée le jugera nécessaire. Mon chemin est celui de la foi et du devoir, pas celui du simple voyageur.
Pia s’absenta quelques instants pour aller chercher des fleurs fraîches qu’elle disposa dans les vases des tables de son restaurant. Pendant qu’elle marchait, elle réfléchissait aux paroles de Tylos et à quoi lui répondre.
— Vos fleurs sont exquises, Pia, fit Tylos en la voyant revenir, un sourire aux lèvres. Elles ajoutent une touche de vie à cet endroit. Tout comme certaines conversations, d’ailleurs.
— Oh je suis ravie qu’elles vous plaisent ! Pia sentit ses joues se teinter légèrement de rose car il était toujours plaisant qu’on reconnaisse ses efforts pour tenir un restaurant accueillant.
— Savez-vous quelle est leur variété ?
— Leur variété importe peu, Pia, quand leur beauté est aussi évidente, répondit Tylos, son regard s’attardant sur les fleurs. Mais si je devais deviner, je dirais qu’elles sont de la famille des ‘Éclats du Matin’. Elles ont ce même air innocent et rafraîchissant.
— Oui c’est exactement ça, ce sont des Éclats du Matin de couleur rose mais je n’ai pas eu le temps de demander au fleuriste d’où ces fleurs sont originaires
— Les Éclats du Matin… un nom parfait pour une fleur si délicate, murmura Tylos, son regard contemplatif. Peut-être viennent-elles d’un endroit où la déesse Cassiopée est particulièrement généreuse. L’origine est moins importante que la joie qu’elles procurent, n’est-ce pas ?
Pia ne répondit à Tylos que par un sourire puis un citoyen accompagné d’une dame monta les marches du restaurant pour venir s’installer à une table et commander des verres de vin. Pia partit dans sa réserve quelques instants pour remplir les coupes.
— Une citoyenne assidue, commenta Tylos en observant Pia s’éloigner, un léger sourire aux lèvres. Elle prend son rôle de tenancière très au sérieux. Un peu comme la déesse Cassiopée avec son peuple, à sa manière.
Pia eut les yeux arrondis par la surprise.
— Tenancière ?! Quel drôle de choix de mot, je suis restauratrice, vous avez l’air d’avoir du mal à différencier certains termes…

Pia versa le vin dans les godets posés sur la table de ses clients puis elle leur demanda ce qu’ils désiraient manger.
— Mes excuses, Pia, je suis peut-être un peu… rustre dans mon vocabulaire, rétorqua Tylos avec un sourire amusé, ne montrant aucune vexation. Mais qu’importe le nom, tant que le cœur y est, n’est-ce pas ? Et le vôtre semble déborder pour ce lieu.
— En effet, ce restaurant me tient à cœur, je l’ai fait fonctionner par moi-même, j’en suis très fière. Et vous Tylos, où se situe votre cœur ? Et ne faites pas encore votre mystérieux ! Pia lui lança un sourire en notant mentalement de cuisiner les plats énoncés par les deux clients à la table.

— Mon cœur, Pia, est un endroit un peu plus… mouvementé que votre paisible restaurant, répondit Tylos, un sourire teinté de mélancolie. Il bat pour ceux que j’aime, et il est toujours en quête de justice, même si cela me mène parfois sur des chemins ardus. Et non, je ne suis pas mystérieux, juste… complexe.
— Comment pouvez-vous savoir si mon restaurant est paisible ? C’est bien la première fois que vous y entrez, non ?
Pia alla chercher dans sa réserve du bon pain fumant dans une coupelle d’argile pour le déposer à la table des clients.

— Même la plus forte des tempêtes finit par trouver son calme ici, Pia, et c’est ce qui rend cet endroit si spécial, rétorqua Tylos, un sourire énigmatique. On le ressent, ce n’est pas qu’une question de première impression. Votre cœur met de la paix dans chaque recoin.
— Est-ce que cette paix que mon cœur apporte vous intéresse, Tylos ? Est-ce la paix qui vous attire ici ? Le sourire de Pia se fit aussi énigmatique que celui de Tylos.

— Votre paix est… intrigante, Pia, répondit Tylos, ses yeux ambre reflétant une lueur complexe. Elle est un baume rare dans un monde souvent en tumulte. Mais ce n’est pas la paix seule qui m’attire, c’est aussi ce qui se cache sous sa surface.

Pia fut intriguée par ce que dit Tylos.
— Qu’est-ce qui se cache sous la surface ? De quoi parlez-vous ?
— Je parle de la force, Pia. De la résilience qui vous permet de créer cette paix, même quand le monde autour est incertain, répondit Tylos, son regard s’intensifiant. C’est une lumière qui brille, et la déesse Cassiopée nous apprend à reconnaître ces lueurs, peu importe où elles se trouvent.

Pia ne put empêcher ses joues parsemées de tâches de rousseur de rosir par le compliment de Tylos mêlé à son regard intense. La conversation devenait trop profonde alors que Tylos était un inconnu, c’était très troublant.
— Votre rougissement vous sied à merveille, Pia, Tylos commenta doucement, un sourire infime. Ne vous inquiétez pas, je suis doué pour reconnaître la beauté, même quand elle tente de se cacher derrière un air troublé.

Pia se racla discrètement la gorge, ses joues la chauffèrent davantage maintenant que Tylos lui faisait remarquer qu’elle rougissait. Aussi, elle dévia habilement la conversation.
— Vous voyez cette homme et cette femme assis à la table de marbre en terrasse ? Ils ont commandé une bisque de homard et un bar aux agrumes. Je dois aller en cuisine pour leur préparer mais je ne voudrais pas vous laisser planté là, ce serait impoli de ma part. Que pouvons-nous faire ?
— Ma chère Pia, ne vous en faites pas pour moi, répondit Tylos avec un sourire charmant. Allez concocter vos merveilles. Je suis un homme patient, et l’odeur d’une bonne bisque de homard est une compagnie tout à fait agréable. Je ne m’ennuierai pas, je vous le promets.

Pia haussa un sourcil, une lueur moqueuse mais bienveillante dans le regard.
— Vous préférez attendre un quart d’heure tout seul plutôt que de me proposer votre aide en cuisine ? Voilà qui est décevant !
— Ah, Pia, mes talents culinaires sont si légendaires qu’ils éclipseraient les vôtres, rétorqua Tylos avec un sourire malicieux. Mais ne vous en faites pas, je suis là pour admirer votre art, pas pour le voler. Et puis, un quart d’heure d’attente pour une bisque de homard, c’est un sacrifice que je suis prêt à faire.

Ornement Haut
Fresque 002 Pia Blessée Tylos Guérisseur Acta Diurna
Ornement Bas

Pia se mit à rire légèrement.
— Vous semblez oublier que la bisque n’est pas pour vous, elle est pour mes clients assis à la table en terrasse
— Un détail, ma chère Pia, rétorqua Tylos avec un clin d’œil. L’arôme seul est un délice, et le simple fait de savoir qu’une telle merveille est préparée sous ce toit est un festin en soi. Ne me privez pas de ce plaisir olfactif !
— Votre plaisir olfactif n’en aurait été que décuplé si vous vous étiez proposé en cuisine pour m’aider mais tant pis pour vous, apparemment vous préférez être servi tel un pacha plutôt que de travailler un peu.
Pia eut presque envie de tirer la langue à Tylos mais elle se retint de justesse.
— Ah, Pia, vous me dépeignez là un tableau bien injuste, répondit Tylos, un sourire amusé. Mon aide en cuisine serait un cadeau trop précieux pour vos simples clients. Et un homme doit savoir quand laisser une artiste œuvrer seule, même si l’envie de l’assister est grande.
— Êtes-vous sûr que l’envie de m’assister est grande ? On dirait plutôt que c’est une belle excuse toute trouvée pour me flatter sans rien devoir faire ! Pia lui sourit encore plus grandement.
— Absolument certain, Pia, répondit Tylos, un sourire charmeur. Mais la déesse Cassiopée m’a aussi enseigné que le véritable art réside dans l’admiration, pas dans l’interférence. Et puis, je dois bien avouer que votre sourire est une récompense suffisante, même sans bisque de homard.
Pour cacher un autre rougissement sur le point d’arriver, Pia quitta la terrasse du restaurant pour rentrer à l’intérieur et passer par l’arche de la cuisine pour commencer à préparer les plats des clients. Tylos la regarda s’éloigner, un sourire amusé sur les lèvres.
— Ah, la cuisine, un refuge bien pratique, murmura-t-il, s’adressant plus à lui-même qu’à quiconque. Mais les bonnes choses finissent toujours par revenir.
Pia resta dans la cuisine pendant environ une quinzaine de minutes, à peu près le temps qu’elle avait annoncé à Tylos. Une odeur de poisson fumé et d’agrumes emplit l’air du restaurant et de la terrasse.
Le nez de Tylos frémit, un léger sourire se dessinant sur ses lèvres.
— Ah, la promesse d’un festin, murmura-t-il, ses yeux se posant sur l’entrée de la cuisine. La déesse Cassiopée ne se trompe jamais sur les bonnes adresses.

Soudain, un grand fracas se fit entendre dans la cuisine où se trouvait Pia suivi d’un petit cri de douleur de la part de cette dernière.
Sans un mot, Tylos se leva d’un bond, son expression changeant du tout au tout. Le sourire quitta ses lèvres pour laisser place à une concentration intense, ses yeux ambrés fixés sur l’entrée de la cuisine. Il fit un pas rapide, prêt à intervenir.
Pia, toujours dans la cuisine, ne savait pas que Tylos avait bougé, elle était trop concentrée sur la douleur cuisante dans sa main.
— Pia ! Ça va ?! cria Tylos en franchissant le seuil de la cuisine, son regard balayant la pièce pour identifier la source du problème. Son ton était empreint d’une urgence inattendue, toute trace de légèreté avait disparu.
Pia sursauta en entendant la voix de Tylos si près d’elle. Sa main était rouge au niveau du bout de ses doigts.
— Ça peut aller mais je me suis fait mal comme une idiote ! J’ai touché la marmite en terre cuite brûlante où cuit le bar aux agrumes en voulant servir l’assiette du client…
Tylos était déjà à ses côtés, son regard fixé sur sa main rougie.
— Laisse-moi voir ça, Pia, dit-il, sa voix grave et posée. Il prit délicatement sa main, ses doigts effleurant sa peau chaude.
— Une brûlure. Ce n’est pas rien. Il faut refroidir ça immédiatement.
Sans attendre, il chercha du regard une source d’eau froide.
— Où est l’eau ici ? Vite ! Sans un mot et étonnée par sa douceur et sa prévention, elle indiqua à Tylos un angle du comptoir en marbre où elle conservait de l’eau fraîche provenant de la fontaine de l’Agora dans des godets. Tylos ne perdit pas un instant. Il saisit un godet d’eau fraîche, le versa doucement sur la main de Pia, ses yeux rivés sur la rougeur de sa peau.
— Tiens ça sous l’eau froide, dit-il, sa voix étonnamment douce. Ça va apaiser la douleur et empêcher que ça ne s’aggrave.
— Je croyais qu’il ne fallait jamais mettre d’eau froide sur les brûlures ? Pia se concentra sur la douceur du toucher de Tylos plutôt que sur la douleur cuisante dans sa main pour s’empêcher de gémir de douleur, elle voulait se montrer forte surtout devant quelqu’un d’aussi musclé et fort que Tylos.
— Ce n’est pas tout à fait vrai, Pia, répondit Tylos doucement, sa voix grave et posée. Pour les brûlures comme celle-ci, l’eau froide, pas glacée, est la meilleure chose à faire. Ça aide à dissiper la chaleur et à soulager la douleur. Fais-moi confiance.
Il maintenait délicatement sa main sous l’eau, son pouce frottant doucement le dos de sa main, un geste de réconfort involontaire.
— Est-ce que ça va mieux ? La douleur s’atténue-t-elle un peu ?
Pia se sentait perturbée, jamais un homme n’avait autant pris soin d’elle.
— Oui, merci ça commence à être moins douloureux mais mes clients attendent leurs plats les pauvres, comment vais-je les servir avec une seule main ?
— Ne t’inquiète pas pour ça, Pia, répondit Tylos, son regard s’éclaircissant. Il relâcha doucement sa main. Je vais te donner un coup de main. Deux mains valent mieux qu’une, surtout quand l’une d’elles est un peu… capricieuse. Il lui fit un petit sourire. Dis-moi ce qu’il faut faire.
— Vous vous mettez à me tutoyer depuis que je me suis blessée, fit remarquer Pia à voix haute.
— Dans les moments de détresse, les formalités s’estompent, Pia, répondit Tylos, son regard posé et sincère. C’est l’instinct qui parle. Quand quelqu’un est blessé, on ne pense qu’à aider. N’est-ce pas la chose la plus naturelle du monde ?
— Vous… Tu as raison Tylos. Je te remercie d’être venu à mon secours. Se souvenant de sa gentille proposition, Pia poursuivit. Pour servir le bar à monsieur il faut verser le jus d’agrumes dans l’assiette, déposer le bar et les petits légumes dessus et saupoudrer les herbes aromatiques sur la chair
— C’est noté, Pia, dit Tylos, son expression sérieuse tandis qu’il observait les éléments sur le comptoir. Montre-moi juste où sont les herbes aromatiques, et tout sera parfait. Il se pencha légèrement, prêt à suivre ses instructions avec une concentration inattendue pour un homme qui se disait peu doué pour la cuisine. Et pour ton autre client, la bisque de homard, qu’est-ce que je dois faire ?
Pia lui indiqua d’un geste une étagère sur laquelle étaient entreposées les herbes fraîches qu’elle avait pris soin de découper ce matin. Pia fut impressionnée qu’il se souvienne si bien de la commande de ce couple en terrasse.
— C’est exactement ça bravo, madame veut une bisque, tu dois encore la touiller un peu avant de la verser dans le bol juste ici à côté de l’assiette et presser un citron dedans.
Tylos hocha la tête, ses yeux suivant les indications de Pia avec une concentration surprenante. Il attrapa délicatement le bol et la louche.
— Bien, compris. Un chef de guerre doit connaître ses troupes… et un bon serviteur de la déesse, ses plats. Il lui lança un rapide clin d’œil, puis se pencha sur la bisque, touillant le liquide fumant avec précaution. Un citron, murmura-t-il, cherchant l’agrume du regard. Pour Madame. Rien n’est trop beau pour une dame, n’est-ce pas ? Il pressa le citron dans la bisque, l’odeur piquante se mêlant à celle du homard.
Une fois la bisque prête, il la versa avec assurance dans le bol indiqué par Pia. Puis il se tourna vers l’assiette du bar. Ses mains, habituellement habituées à des tâches plus… martiales, se montraient étonnamment agiles en versant le jus, déposant le poisson et les légumes avec précision, avant de parsemer les herbes.
Il se redressa, l’assiette et le bol en main, jetant un regard interrogateur à Pia.
— Est-ce que j’ai la permission de servir ces chefs-d’œuvre à tes clients, ou y a-t-il d’autres étapes à ma formation culinaire ? Son ton était léger, mais une pointe de fierté transparaissait dans ses yeux.
Pia avait admiré sa dextérité tout au long du processus, elle devait reconnaître qu’il était tellement gracieux malgré son gabarit tout en muscles. Elle fut touchée qu’il lui demande la permission pour aller servir le couple en terrasse.
— Je viens les servir avec toi.
— Très bien, dit Tylos, un sourire satisfait. Il laissa Pia prendre la tête, son regard se posant un instant sur le sien. Ensemble, ils sortirent de la cuisine, portant les plats fumants vers la table du couple.
Pia arriva aux côtés de Tylos devant le couple de clients en souriant malgré la douleur afin de respecter la qualité de service qu’elle s’efforçait toujours de conserver.
— Madame, Monsieur, voici vos plats, un bar grillé aux petits légumes et une bisque de homard crémeuse et citronnée. Les yeux du couple s’illuminèrent à la vue des plats fumants. Le parfum du bar grillé et de la bisque embaumait l’air.
— Oh, c’est magnifique, Dame Pia ! s’exclama la femme, un sourire radieux éclairant son visage. Et l’odeur… divine ! L’homme hocha la tête en signe d’approbation.
Pia leur sourit, fière de son travail et de l’aide inattendue de Tylos.
— Je vous souhaite un excellent appétit. N’hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit.
Elle lança un rapide coup d’œil à Tylos, qui se tenait légèrement en retrait, observant la scène avec une satisfaction discrète. Le couple commença à déguster leurs plats, leurs expressions se transformant en pur délice à chaque bouchée.

C’est déjà fini ?

Voyons, il vous reste encore un tableau et vous êtes censé en avoir déjà lu un, si vous vous souciez un tant soit peu de la chronologie !

nano

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