Tylos ou le Déni Cosmique

24 Scirophorion

Tableau 3

 

Colonne Antique

Mana reporta son attention sur Tylos, son expression redevenant sérieuse.


— Que pouvez-vous me dire de votre grand frère et quel est son nom ? demanda-t-elle, sa voix basse et mesurée. Tylos la regarda, son visage restant impassible, même si la question de Mana le prenait par surprise.
— Je n’ai pas de grand frère, Consul Mana, répondit Tylos, sa voix grave et dénuée d’émotions, ses yeux ambrés fixant les siens. Je n’ai qu’une sœur, Thalie. Nous sommes jumeaux.
— Je sais parfaitement que vous avez un frère qui a été kidnappé dans le royaume Atlante, annonça Mana sans détours. Tylos la regarda, son expression restant neutre, mais une ombre subtile passa dans ses yeux ambrés. Le silence dans la pièce s’épaissit.
— Consul Mana, je ne sais pas d’où vous tenez ces informations, répondit Tylos, sa voix basse et contrôlée, mais elles sont erronées. Comme je l’ai dit, je n’ai pas de grand frère. Ma seule famille est ma sœur jumelle, Thalie. Personne n’a été kidnappé. Nous venons du nord, pas d’un royaume sous-marin. Son regard ne vacilla pas, rencontrant celui de Mana avec une fermeté inébranlable.
Mana le regarda avec gentillesse pour lui faire comprendre qu’elle saurait garder son secret et qu’il pouvait lui faire confiance.

Colonne Antique

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— Je ne veux pas vous mettre dans l’embarras mais je ne peux pas faire comme si vous n’aviez pas de grand frère.
Tylos la regarda, son expression inchangée. L’insistance de Mana, malgré sa prétendue connaissance secrète, ne semblait pas l’ébranler. Ses yeux ambrés restaient fermes, sans trahir la moindre hésitation ou surprise.
— Consul Mana, répéta Tylos, sa voix basse et résolue, je vous le répète. Je n’ai pas de grand frère. Ma famille se compose de ma sœur Thalie et de moi-même. Il n’y a aucun secret à garder, car il n’y a pas de frère dont le kidnapping aurait eu lieu. Si Cassiopée vous a parlé, il doit y avoir une erreur dans l’interprétation de ses paroles.
Il ne laissa aucune ouverture à la discussion sur ce point, son silence suivant étant aussi éloquent que ses mots.
Le corps de Mana se raidit dans son grand fauteuil de Consul, elle toisa Tylos de toute sa hauteur et susurra d’une voix dangereusement calme :
— Êtes-vous en train d’insinuer que la déesse Cassiopée se serait trompée au sujet de votre grand frère Kieran ?
Tylos la regarda droit dans les yeux, son expression inébranlable malgré la tension palpable dans la pièce. Ses yeux ambrés ne cillèrent pas face à la fermeté de Mana.
— Consul Mana, répondit Tylos, sa voix grave et mesurée, sans la moindre hésitation. Je n’insinue rien quant aux paroles d’une déesse. Je n’ai ni le pouvoir ni l’audace de remettre en question la sagesse divine. Je dis simplement que je n’ai pas de grand frère nommé Kieran. Les dieux s’expriment parfois par des signes, des métaphores. Peut-être que le message de Cassiopée a été mal interprété, ou qu’il fait référence à un événement d’une autre époque, ou d’une autre lignée. Mais cela ne concerne pas ma famille directe, celle qui est ici avec moi. Il maintint son regard ferme, ne déviant pas d’un iota de sa position. Je ne peux répondre que de ce que je sais et de ce que j’ai vécu. Et je vous assure, ma famille se limite à Thalie et à moi-même.

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Bibliothèque Antique

Mana le regarda longuement, voyant la sincérité dans ses yeux. — Se pourrait-il que lors de cette attaque, votre sœur et vous ayez perdu une partie de votre mémoire afin de protéger votre quête secrète ?

Tylos soutint le regard de Mana, son expression demeurant inaltérée face à cette nouvelle suggestion. Le silence de la pièce était lourd, la question de la Consul flottant dans l’air.

— Consul Mana, répondit Tylos d’une voix égale, sans la moindre inflexion. L’attaque fut violente, certes. Mais je n’ai aucun souvenir d’une telle perte de mémoire, ni moi, ni ma sœur. Nos souvenirs sont clairs, aussi douloureux soient-ils. Et notre quête… nous la portons en nous, intacte. Je ne vois pas comment une perte de mémoire pourrait la protéger, bien au contraire, elle ne ferait que la compromettre.

Il laissa ses yeux ambrés sonder ceux de Mana. Je vous assure, ce que je vous dis est la vérité telle que je la connais.

— Tylos, par principe vous ne pouvez pas vous souvenir d’une perte de mémoire… Sinon ce ne serait pas une perte de mémoire… Mana leva les yeux au ciel en réaction à l’absurde réponse de l’Atlante.

Tylos la regarda, son expression inébranlable. Il y eut un bref silence dans la pièce.

— Consul Mana, reprit Tylos, sa voix restant calme et posée, je comprends la logique de votre affirmation. Cependant, une perte de mémoire aussi fondamentale que celle d’un frère et d’un passé Atlante aurait laissé des traces, des vides, des sensations d’incomplétude que je ne ressens pas. Mes souvenirs, même des plus lointains, sont cohérents. Et comme je l’ai dit, notre quête pour la Larme d’Érébos est claire, et elle ne repose sur aucune lacune mémorielle.

Il maintint son regard ferme sur elle. Je suis désolé si mes réponses ne correspondent pas à ce que la déesse vous a révélé, mais je ne peux vous offrir que ma vérité.

Mana referma sèchement son grimoire et ses deux mains claquèrent sur la couverture en cuir. — Je dois parler de votre cas à la déesse Cassiopée. Suivez-moi immédiatement, nous allons solliciter une entrevue extraordinaire.

Tylos la regarda refermer le grimoire. Il perçut la résolution dans sa voix.

— Très bien, Consul Mana, répondit Tylos, sa voix grave et assurée. Il se leva du banc de marbre, sa démarche restant calme et posée. Je suis prêt. Si la déesse Cassiopée désire me parler, je me présenterai devant elle avec la même sincérité que celle dont j’ai fait preuve devant vous. Je n’ai rien à cacher.

Il attendit que Mana se lève, prêt à la suivre où elle le mènerait. Ses yeux ambrés restaient fermes, sans aucune trace d’appréhension.  .

Mana traversa l’agora d’un pas ferme, elle se dirigea vers le temple de Cassiopée, s’agenouillant et pria quelques instants avant que la déesse n’apparaisse dans un halo brillant et éthéré. Les traits de la sublime Cassiopée étaient doux lorsqu’elle demanda à Mana pourquoi elle avait été invoquée. Mana releva la tête et dit :

— Ô déesse Cassiopée, pardonnez-moi de vous déranger mais le nouveau citoyen Tylos m’affirme qu’il n’a pas de grand frère kidnappé dans le royaume Atlante, or, c’est ce que vous m’avez confié, je ne sais plus quoi penser.

Le regard de Cassiopée se posa alors sur Tylos, son expression d’une douceur infinie, mais pénétrante. Une sagesse ancestrale émanait d’elle.

— Mon enfant, dit la déesse, sa voix mélodieuse résonnant doucement dans le temple, la mémoire des mortels est une chose fragile, sujette aux chocs et aux voiles que l’esprit tisse pour se protéger. Le royaume d’Atlantis n’est pas qu’un lieu, il est aussi un lien de sang, un héritage. Il est des vérités qui sont scellées, même pour ceux qui les portent en eux. Kieran est bien le nom du frère que tu as perdu, Tylos, un frère dont le destin est lié à ta quête, bien plus que tu ne l’imagines. La Larme d’Érébos n’est pas le seul élément de cette destinée. Le regard de Cassiopée se tourna de nouveau vers Mana.

— La vérité est complexe, Mana, et les fils du destin s’entremêlent souvent de manière inattendue. Mais mes paroles étaient justes.

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Fresque Divine

Mana, comprenant la complexité de cet immense secret, émis un souffle de soulagement et se retira dans son officine pour terminer des formalités. En son for intérieur, elle appréciait que Tylos soit resté sincère et comprenait parfaitement que sa mémoire ait vacillé après une telle attaque.


Tylos se tourna vers la déesse, son visage trahissant enfin un léger tremblement, une fêlure dans son impassibilité habituelle. Les mots de Cassiopée, prononcés avec tant de certitude, résonnaient en lui, et l’idée d’une mémoire altérée, d’une vérité oubliée, le laissait incrédule. Il posa un genou à terre devant l’apparition éthérée.

— Ô déesse Cassiopée, commença Tylos, sa voix grave et emplie d’une nouvelle humilité, teintée de confusion. Si mes souvenirs me trahissent, si un voile a été jeté sur une partie de mon passé, je m’en remets à votre sagesse. Je ne peux concevoir l’existence d’un frère nommé Kieran, ni un lien avec Atlantis, car toute ma vie, ma sœur Thalie a été mon unique famille. Mais si telle est la vérité, alors je dois l’accepter, aussi troublante soit-elle.

Il leva les yeux vers la déesse, une quête sincère dans son regard ambré.

— Comment puis-je retrouver cette mémoire perdue, déesse ? Comment puis-je comprendre ce lien avec Kieran et le royaume d’Atlantis, si cela est essentiel à ma quête de la Larme d’Érébos ? Je ne cherche que la vérité pour accomplir ce que le destin attend de moi.

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La déesse Cassiopée sentit l’onde de choc traverser le corps du prince atlante. Les Moires seraient en désaccord avec le fait de trop lui révéler son destin ou ses souvenirs mais la divinité flamboyante n’allait pas laisser un citoyen de sa cité sans indication.

— Prince Atlante, votre frère Kieran et l’entité maléfique scellée par vos ancêtres Atlantes sont liés. Retrouver l’artefact et libérer votre frère, également. Cela a toujours fait partie d’un tout que vous avez oublié.

La déesse regarda Tylos de manière indéchirable avant de disparaître lentement du plan astral des mortels.Tylos laissa les paroles de la déesse résonner en lui, le choc des noms et des révélations traversant son être. Le terme ‘Prince Atlante’ et le prénom ‘Kieran’ frappaient son esprit comme des échos lointains, presque dérangeants. La mention de son frère lié à l’entité maléfique et à la Larme d’Érébos tissait une toile de destinée bien plus complexe qu’il ne l’avait imaginé. Il resta un genou à terre, le regard levé vers la statue de la déesse du temple, ses yeux ambrés emplis d’une nouvelle détermination, même si elle était teintée d’une confusion persistante.

— Déesse Cassiopée, commença Tylos, sa voix plus ferme maintenant, malgré l’onde de choc intérieure. Je ne comprends pas encore la nature de ces liens, ni comment un tel voile a pu être jeté sur ma mémoire et sur l’existence de mon frère Kieran. Mais si ma quête et son destin sont entremêlés, alors je jure d’aller jusqu’au bout. La libération de mon frère, si elle est liée à l’artefact, sera ma nouvelle priorité. Je chercherai à comprendre cette vérité oubliée et à honorer ce que le destin attend de moi.

Il se leva lentement, son regard ne quittant pas la figure éthérée de la déesse.

Il y avait une force renouvelée en lui, un but élargi, même si les fondations de son identité venaient d’être ébranlées.

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